"Dingo est l’histoire d’un chien. Ça me changera des hommes", écrit Octave Mirbeau.
Symbole de fidélité, de dévouement, prêt à exposer sa vie pour défendre ses maîtres, Dingo, né pour vivre libre, sera domestiqué et incarnera, chez Mirbeau, le déchirement de l'être humain entre nature et culture, instincts et contraintes de l’organisation sociale.
Dingo est le double de l’écrivain au cœur fidèle, dévoué à ses amis : Monet, Pissarro, Rodin et d’autres.
Comme son Dingo, il s’est vaillamment battu pour défendre… ses valeurs éthiques, esthétiques et politiques.
Libertaire convaincu, Mirbeau a la nostalgie d’un état de nature idéalisé en paradis perdu, tout en se frayant dans le monde des hommes dénaturés un chemin tortueux vers le succès littéraire, la reconnaissance sociale et la richesse matérielle d'un ordre social honni.
Le narrateur reçoit un jeune chiot comme drôle de présent. Il se révèle être un Dingo, chien sauvage, tout droit venu d'Australie.
Il se rend vite compte de l'intelligence quasi-humaine dont est doté ce dingo et se surprend à avoir de véritables discussions avec lui.
C’est un roman d’action, mais c’est aussi et surtout un travail d’introspection de l’auteur, d'un homme qui recherche sa voie et qui croit l’avoir trouvée en Dingo.
Le narrateur se regarde vivre dans son chien, et l’observation attentive de chaque fait et geste de l’animal, lui permet d’interroger sa propre conscience en évaluant sa conduite à l’aune de celle de son fidèle compagnon et tâche, en simple spectateur, d’en déduire une vision du monde.
«C’est moi seul, je le confesse, déclare Mirbeau, qui, par une sotte et orgueilleuse manie d’anthropomorphisme – non dans une intention d’imposture –, me plais à tirer des actes d’un chien ce commentaire humain, dans l’impuissance où je suis à en concevoir un autre, honnêtement canin».
Réfractaire à toute éducation, Dingo force l’admiration de son maître et s’érige en modèle de vie sans concessions. Pourtant, Mirbeau se garde bien de tomber dans les illusions du rousseauisme et de faire de son chien un modèle parfait. Car le bel animal, qui a été dûment dénaturé par les hommes et qui en mourra, n’en est pas moins resté un prédateur sanguinaire, qui obéit à l’universelle « loi du meurtre» régissant la nature autant que les sociétés humaines, (cf. son roman Le Jardin des supplices).
D'innombrables qualités pour ce chien, donc, mais aussi ce redoutable défaut : son instinct de chasseur qui l'amène à exterminer toute bête à proximité. De quoi provoquer à la campagne, de nombreux problèmes de voisinage. Et c'est là qu'on touche à l'essentiel, peut-être, du roman : la description au vitriol, des habitants de Ponteilles-en-Barcis, petite bourgade de province. C'est un jeu de massacre hallucinant, d'une férocité inouïe et d'une drôlerie exceptionnelle. Tous ces personnages sont plus consternants les uns que les autres, d'une veulerie absolue, et la médiocrité des uns le dispute à la bêtise des autres. C'est l'occasion de portraits hilarants de méchanceté, de cette petite population provinciale que Mirbeau a côtoyée. Tout le monde y passe : Maire, notaire, médecin, savant, peintre, paysans...
On retrouve là l'incontournable pessimisme de l'auteur quant à la nature humaine et aux relations entre les Hommes, et son anarchisme affirmé.
Dingo est le dernier roman de Mirbeau, qui nous livre, à la fin de sa vie un plaidoyer pour la liberté sous toutes ses formes. Devenu vieux, incapable de poursuivre ses combats esthétiques et politiques, il exprime sa révolte, son dégoût et sa soif de liberté par l’intermédiaire de Dingo, figure mythique au centre du récit. Il renoue avec le cynisme des philosophes grecs prônant la liberté face aux conventions et la volonté constante de se rapprocher de la Nature, comme seule source de sagesse
Dingo (édition intégrale relue et corrigée) (French Edition)
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Book Details
Author(s)Octave Mirbeau
ISBN / ASINB013TDUOFA
ISBN-13978B013TDUOF6
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