Quelque enthousiaste qu'ait été l'accueil de son premier album, Sanseverino devait transformer l'essai. C'est chose faite avec Les Sénégalaises où son jazz manouche imprègne chaque accord. Une gouaille railleuse, un swing morveux, Sanseverino lâche la bride à sa verve humoristique, ironique et acerbe parfois ("La Cigarette", "Les Sénégalaises"). Sa bande et lui s’amusent comme une bande de sales gosses, secouent gaillardement les tempos, et balancent avec l'arrogance des petites frappes quelques couplets bien sentis ("André II"). Mais c'est d'abord une poésie des faubourgs à l'élégance rebelle qui est la marque de Sanseverino. Il trouve les mots les plus exacts pour pointer les "petites" hypocrisies sociales, et parvient avec habileté à dénoncer sans incantation un des maux les plus ravageurs et les plus insidieux ("La Cigarette"). Au passage, il envoie un coup de chapeau respectueux à Django et à Gainsbourg. Et l’on constate que Sanseverino est sans doute le disciple le plus brillant de ces deux-là. --José Ruiz