Le géant mastic se cala sur ses jambes, manœuvra le garde main, ce qui produisit un bruit métallique effrayant puis, épaulant son arme, tira tranquillement dans la vitre blindée protégeant la Joconde.
La détonation fit sursauter tout ce petit monde et fut suivie, une seconde plus tard, par une seconde, puis d’un concert de hurlements, de cris, d’exclamations, de sauve-qui-peut, dans un grand nombre de langues, d’idiomes et de dialectes : en français, en japonais, en anglais, en allemand, en créole martiniquais et guadeloupéen, tandis qu’une forte odeur de poudre se répandait dans l’atmosphère.
La panique s’empara alors de tous ceux qui se trouvaient dans la salle, que la foule quitta précipitamment, toujours en hurlant et en se bousculant, car il est des choses que même un Japonais ne peut supporter.
L’homme, sans s’affoler, posa le fusil à terre, referma son cache-poussière, puis suivit la horde sauvage qu’il rattrapa aisément de ses longues jambes.
En un instant, la salle fut totalement vide.
Brigitte soupira et s’avança. Enfin, elle pouvait contempler son amie seule à seule, chose impensable quel que soit l’heure, le jour ou la saison. Pourtant, sa joie fut de courte durée : la surface de la vitre blindée était striée, fêlée, craquelée, crevassée, lézardée, étoilée, fissurée, bref, la malheureuse jeune accouchée (c’est une théorie à la mode pour expliquer le triste sourire – post-partum – de la donzelle) s’était retirée derrière un arachnéen et pudique voile.
Alors, sans trop savoir pourquoi, Brigitte se mit à pleurer à chaudes larmes.