Art Céramique. - Les Vases Chinois et les Vases Grecs (French Edition)
Book Details
Author(s)Charles Ernest Beulé
ISBN / ASINB00X0A8LBC
ISBN-13978B00X0A8LB8
Sales Rank2,802,903
MarketplaceUnited States 🇺🇸
Description
Un peuple a toujours tort de se laisser représenter sous des traits grotesques : les étrangers le prennent au mot, ils jureraient même que l’original est flatté, comme les gens que l’on marie à distance et qui s’étudient sur portrait. Cette réflexion ne m’est point inspirée par les caricatures où les Parisiens sont ravis de se reconnaître, ni par les vaudevilles bouffons où les étrangers observent gravement nos mœurs. Je pense aux Chinois, qui nous envoient à travers les mers leur type répété à l’infini, type plein de finesse, mais ridicule, souriant, maniéré, et surtout contrefait.
Les savans qui veulent décrire les habitans du Céleste-Empire ne consultent point les laques et les porcelaines. Le public ne voit guère de Chinois que sur les vases, il les voit peints par eux-mêmes, il retrouve partout un certain idéal, — une tête ronde, de larges oreilles, une seule mèche de cheveux, des yeux fendus jusqu’aux tempes, une bouche grimaçante, un gros ventre, des gestes propres à exciter le rire, des vêtemens éclatans et vides sous lesquels des formes sans proportions sont à peine indiquées. Cet idéal est peu fait pour toucher la race caucasienne, elle en plaisante, et, pour le désigner, le Français impitoyable emploie volontiers le nom de magot. Les Chinois sont des magots, c’est ce qu’on sait de plus net sur la Chine. Le mot répond à tout et justifie jusqu’à notre ignorance. Qu’importe une civilisation aussi vieille que le monde ? qu’importent des institutions dont les siècles n’ont point altéré le respect ? qu’importe un génie inventif qui a devancé l’Occident et découvert avant lui la boussole, la poudre à canon, l’imprimerie ? L’histoire de la Chine nous laisse indifférens, ses malheurs mêmes nous égaient. Quand les journaux rapportent que plusieurs milliers de rebelles ont été coupés en trente-deux morceaux, ces atrocités semblent surtout bizarres : pour être notre prochain, un Chinois est trop loin ; pour être notre semblable, il est trop laid.
Les savans qui veulent décrire les habitans du Céleste-Empire ne consultent point les laques et les porcelaines. Le public ne voit guère de Chinois que sur les vases, il les voit peints par eux-mêmes, il retrouve partout un certain idéal, — une tête ronde, de larges oreilles, une seule mèche de cheveux, des yeux fendus jusqu’aux tempes, une bouche grimaçante, un gros ventre, des gestes propres à exciter le rire, des vêtemens éclatans et vides sous lesquels des formes sans proportions sont à peine indiquées. Cet idéal est peu fait pour toucher la race caucasienne, elle en plaisante, et, pour le désigner, le Français impitoyable emploie volontiers le nom de magot. Les Chinois sont des magots, c’est ce qu’on sait de plus net sur la Chine. Le mot répond à tout et justifie jusqu’à notre ignorance. Qu’importe une civilisation aussi vieille que le monde ? qu’importent des institutions dont les siècles n’ont point altéré le respect ? qu’importe un génie inventif qui a devancé l’Occident et découvert avant lui la boussole, la poudre à canon, l’imprimerie ? L’histoire de la Chine nous laisse indifférens, ses malheurs mêmes nous égaient. Quand les journaux rapportent que plusieurs milliers de rebelles ont été coupés en trente-deux morceaux, ces atrocités semblent surtout bizarres : pour être notre prochain, un Chinois est trop loin ; pour être notre semblable, il est trop laid.

