Hegel a d montr , par dialectique transcendante, que la folie
est un des momens, n cessaires que traverse l me universelle
avant d arriver en chacun de nous la pleine conscience de son
individualit . La plupart, il est vrai, franchissent ce pas sans
encombre : ils ne sont fous que virtuellement ; une chance
heureuse, sur laquelle le philosophe de Berlin ne s explique
qu imparfaitement, les a dispens s de ce stage que leur
imposait la logique du syst me. Moins savamment, moins
pesamment, le vulgaire est souvent tent de penser et de dire
comme Hegel. C est un adage que tout homme a son grain de
folie ; entre la pleine raison et l ali nation la mieux
caract ris e, beaucoup inclinent croire que les transitions
sont insensibles et innombrables, qu aucune ligne de
d marcation n existe, que mille circonstances, souvent fort
insignifiantes, peuvent faire descendre au plus ferme esprit tout
ou parue de cette chelle fatale au bas de laquelle est la
d mence, Ce qui est plus grave, c est que plusieurs ali nistes,
et des plus autoris s, se d clarent impuissans produire le
criterium scientifique de la folie ; quelques-uns nous parlent
m me de fous parfaitement bien portans et pr tendent faire
rentrer dans cette cat gorie presque tous les originaux, les
caract res bizarres et passionn s, les fanatiques, les vicieux, les
criminels...