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KULTUR (French Edition)

Author GASTON LENOTRE
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Book Details
ISBN / ASINB00JSCQQB8
ISBN-13978B00JSCQQB2
Sales Rank99,999,999
MarketplaceUnited States 🇺🇸

Description

Ce livre comporte une table des matières dynamique, à été relu et corrigé.
Il est parfaitement mis en page pour une lecture sur liseuse électronique


3 avril 1915.


Si l’on pouvait supposer les Allemands capables d’une de ces mystifications qui marquent dans l’histoire des plaisanteries épiques, d’une de ces farces d’atelier telles qu’en perpétrait jadis le joyeux Vivier, on serait tenté de croire que leur fameuse « kultur » – « la kultur » dont ils se disent si fiers – est une invention vaudevillesque destinée à égayer considérablement, si possible, l’épopée tragique de leurs voraces et brutales convoitises. Mais c’est là une hypothèse inadmissible et déraisonnable : l’ironie est inconnue de l’autre côté du Rhin, et lorsque les Boches exaltent le miraculeux raffinement de leur civilisation, ils y croient « dur comme fer » et sont profondément convaincus que le monde entier jalouse leur éclatante supériorité.
Cette conviction périlleuse, d’origine exclusivement prussienne, n’est pas nouvelle ; elle date du temps lointain où la Prusse était, sous ses premiers rois, un piètre État que le dédain des grandes puissances pour ces demi-sauvages laissait inconsidérément se développer. J’aurais bien voulu connaître celui qui, le premier, lança ce mot de kultur dont la fortune fut si singulière ; je crois que c’est Kant ; mais je n’en suis pas certain. Il faudrait, pour être fixé sur ce point, avoir le courage de lire tous les écrits des philosophes allemands, et il y en a ! Un « poilu » reculerait devant une telle entreprise...
Kant posait donc en principe que « l’ordre social parfait est le dernier terme de la culture », et que « l’homme a deux fins et deux devoirs : la perfection pour soi et le bonheur des autres ». « Vis-à-vis de moi, argumentait-il, je dois avoir en vue la perfection, non le bonheur ; vis-à-vis des autres je dois me proposer le bonheur, non la perfection. » On pourrait là trouver en germe toutes les outrecuidantes maximes qui ont bouffi d’orgueil la moutonnière Allemagne et l’on conduite à la plus néfaste infatuation.
Car vous pensez bien que dans ce pays d’ergoteurs et de logiciens les propositions de Kant ont été reçues mieux que paroles d’Évangile ; tous les professeurs de Berlin, d’Iéna, de Tübingen et d’ailleurs, s’acharnant là-dessus depuis un siècle, se sont persuadés qu’ils ont mis le précepte en pratique : Kant avait indiqué le chemin de la perfection sociale et ses commentateurs, dès la fin du XVIIIe siècle, rêvaient l’âge d’or et parlaient déjà d’en faire bénéficier le monde entier ; Fichte glorifiait l’État prussien comme étant l’éducateur du genre humain. Scharnhorst et ses collaborateurs se vantaient d’avoir « imprimé pour jamais à l’armée prussienne le caractère d’une sérieuse culture » ; le mot avait fait fortune : avant même les désastres de 1806, l’Allemagne