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La Dame verte (French Edition)

Book Details

ISBN / ASINB00PE7G92W
ISBN-13978B00PE7G920
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Description

Extrait :
Un soir de l’hiver dernier, je descendais, bras dessus, bras dessous, avec un ami, une de ces rues qui vont comme elles peuvent, c’est-à-dire parfois tout de travers, des boulevards extérieurs à Notre-Dame de Lorette ; rues assez régulièrement bâties ; en revanche assez irrégulièrement habitées pour la plupart : mœurs sujettes à l’alignement. Nous avions dîné à Montmartre, non pas dans un riant jardin peuplé de tilleuls et sous une joyeuse tonnelle couronnée de chèvrefeuilles et de clématites, mais dans un salon ni joyeux ni riant, chaudement clos ; qu’exiger de plus d’un salon ? Les clématites, les aubépines et les chèvrefeuilles sont partis en compagnie des lilas de Romainville et des roses de Fontenay pour un monde meilleur, le jour où les embellissements de Paris en ont enlevé les beautés. Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

D’ailleurs, il faut le dire, nous étions dans une saison où les fleurs dorment encore de leur sommeil d’hiver. Il tombait une pluie fine comme poivre et froide comme givre, moitié eau, moitié neige, pailletant les verres des lanternes d’une quantité de petites perles vertes ou bleues, selon que le gaz les éclairait ; humectant les murs des maisons comme s’il pleuvait par toutes les croisées ; savonnant les pavés sous les pieds des passants menacés d’un glissement perfide, et apportant à l’odorat cette fraîcheur fade qui, par les temps humides, monte des caves. Le silence de minuit mêlait sa taciturnité à ce délabrement universel, à ce frisson dont on se sent enveloppé, traversé jusqu’aux os, jusqu’au cœur, jusqu’à l’âme, les nuits froidement pluvieuses d’hiver à Paris. Ces nuits-là, poëmes dégelés, sont la complainte de la nature. D’ondée en ondée, de glissade en glissade, d’éclaboussures en éclaboussures, dont nous nous étions naturellement gratifiés mon ami Albert Varèse et moi, nous étions arrivés à la rue Pigalle, modèle de ces rues indiquées plus haut, type de la famille, échantillon du drap : rue aimable et de travers ; une porte honnête entre deux portes courtisanes ; rideaux sombres qui ne s’ouvrent jamais ; rideaux roses qui s’ouvrent trop souvent pour laisser voir une tête qui sourit et se retire. Sonnez ici ; ne sonnez pas là ! Ici : Cave canem ! là, Cave autre chose.

— Voyez-vous cette longue ligne de croisées peu éclairées ? me dit Albert Varèse.

— Pas éclairées du tout, s’il vous plaît, répondis-je à mon ami.

— Si ! une lumière court de pièce en pièce, paraît et disparaît.

— Je l’aperçois. C’est la lampe de quelque domestique cherchant à s’assurer, avant d’aller se coucher, qu’il n’y a aucun voleur caché dans l’appartement. Mais pourquoi me montrez-vous ces croisées ?

— Voici pourquoi je vous arrête au beau milieu de la rue.

— Et au beau milieu de la boue.

— Je tiens avant de nous éloigner d’ici à ce que vous gardiez dans votre cerveau, mouillé à cette heure comme une de ces feuilles de papier sans colle sur lesquelles on va imprimer des caractères typographiques, l’empreinte de cet étage entouré d’un balcon, celle de ces huit croisées, de cette porte cochère, celle des quatre angles formés par la coupure de la rue où nous sommes et de la rue qui la traverse ; enfin pour que vous gardiez en vous l’image sincère de la physionomie de l’endroit.

— Vous avez donc à me raconter quelque événement qui se serait passé ici ?

— Oui, mais le vent, mais cette pluie, mais ce froid…

— Votre histoire, je le suppose, n’est pas en trois volumes ?

— Grâce au ciel, non !

— Eh bien, abritons-nous sous cette marquise, et racontez.

— C’était en 1848, date mémorable pour tout le monde ; quelques jours seulement après la révolution ; et je revenais, comme aujourd’hui, de dîner chez le bon docteur Michelin à Montmartre...

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