L'école des indifférents (French Edition)
Book Details
Author(s)Jean Giraudoux
ISBN / ASINB0151ZV3HC
ISBN-13978B0151ZV3H8
MarketplaceFrance 🇫🇷
Description
le mot qui l’humiliera, tant de confiance dans son allure que j’en suis Ã
souhaiter un fiacre et de la boue,… ou simplement la pluie, car l’averse la
moins drue le met en déroute, l’arrête pour des heures sous un porche.
Souvent au contraire sa paresse, son insuffisance, s’étalent aimablement
sur tout son être. D’autres jours, son visage se ride, ses joues défaillent, il
semble qu’on doive alors le consoler de la première chose venue, d’avoir
manqué sa vie, de n’être point César, de ne point aimer les babas. Mais
lui continue à se promener lentement et sans arrêt dans ce?e foule qui
travaille et lui fait honte, comme les poules sous la pluie qu’elles sentent
définitive.
Le voilà qui joue avec des enfants. Debout au milieu d’un cerceau
tombé, il feint de ne pouvoir sortir du cercle. Seule une petite fille peut
l’en tirer. Elle s’a?arde à l’admirer, ses petites amies la rejoignent ; elles
nous provoquent, sans qu’on les rappelle : les mères laissent leurs enfants
s’approcher de l’inconnu, jouer avec lui, de même qu’elles leur perme?ent
d’avancer jusqu’aux genoux dans l’Océan. Nous revenons à regret. Il n’est
pas tard, mais je dîne en ville. Étienne se tait, il est triste, – tristesse légère
sans doute, mais rien de plus difficile à gra?er que des taches d’ombre. Je
me trompe d’ailleurs, il est joyeux. Il vient de découvrir Paris. Du haut de
l’impériale, il le raconte et il le loue : Paris n’a qu’une couleur ainsi que
toute mer. Paris… Mais le voilà distrait par la lune, qui s’enfonce dans la
tour de Saint-Sulpice comme dans une tirelire.
— Étoiles, interroge-t-il, n’êtes-vous pas bien délivrées ? Laissez-vous
tomber maintenant un peu plus près de la terre, ainsi qu’une araignée au
bout de son fil, silencieusement, un peu plus silencieusement, pour ne pas
troubler celui-là , le voyageur à cravate parfaite, qui est mon ami !
Le suis-je ? Suis-je son ami ?
J’ai aussi une amie.
souhaiter un fiacre et de la boue,… ou simplement la pluie, car l’averse la
moins drue le met en déroute, l’arrête pour des heures sous un porche.
Souvent au contraire sa paresse, son insuffisance, s’étalent aimablement
sur tout son être. D’autres jours, son visage se ride, ses joues défaillent, il
semble qu’on doive alors le consoler de la première chose venue, d’avoir
manqué sa vie, de n’être point César, de ne point aimer les babas. Mais
lui continue à se promener lentement et sans arrêt dans ce?e foule qui
travaille et lui fait honte, comme les poules sous la pluie qu’elles sentent
définitive.
Le voilà qui joue avec des enfants. Debout au milieu d’un cerceau
tombé, il feint de ne pouvoir sortir du cercle. Seule une petite fille peut
l’en tirer. Elle s’a?arde à l’admirer, ses petites amies la rejoignent ; elles
nous provoquent, sans qu’on les rappelle : les mères laissent leurs enfants
s’approcher de l’inconnu, jouer avec lui, de même qu’elles leur perme?ent
d’avancer jusqu’aux genoux dans l’Océan. Nous revenons à regret. Il n’est
pas tard, mais je dîne en ville. Étienne se tait, il est triste, – tristesse légère
sans doute, mais rien de plus difficile à gra?er que des taches d’ombre. Je
me trompe d’ailleurs, il est joyeux. Il vient de découvrir Paris. Du haut de
l’impériale, il le raconte et il le loue : Paris n’a qu’une couleur ainsi que
toute mer. Paris… Mais le voilà distrait par la lune, qui s’enfonce dans la
tour de Saint-Sulpice comme dans une tirelire.
— Étoiles, interroge-t-il, n’êtes-vous pas bien délivrées ? Laissez-vous
tomber maintenant un peu plus près de la terre, ainsi qu’une araignée au
bout de son fil, silencieusement, un peu plus silencieusement, pour ne pas
troubler celui-là , le voyageur à cravate parfaite, qui est mon ami !
Le suis-je ? Suis-je son ami ?
J’ai aussi une amie.








